Consommation collaborative : vers une économie qui fait sens ?

Partager, louer, échanger, troquer, donner, voici venu le temps d’une nouvelle ère : celle de la consommation collaborative où l’usage prévaut sur la propriété. Appelée également dans le jargon marketing C2C, signifiant consumer to consumer, l’humain est au cœur de cet échange, les consommateurs se retrouvent entre eux (ou au sein d’une plateforme internet) et s’organisent, diminuant ainsi le nombre d’intervenants et la survalorisation des biens. Ce nouveau modèle alternatif de consommation, plus prégnant aux US, tend à se développer en France.

Les mutations de la consommation ne cessent de s’accélérer depuis 25 ans, entraînant de profonds changements dans l’économie et la vie sociale. A cela s’ajoutent les préoccupations environnementales, la crise financière, une quête vers plus de liens sociaux, le développement des réseaux communautaires, autant d’aspects qui viennent expliquer l’essor de la consommation collaborative. Cette dernière était le thème de la deuxième édition des Beesday : les rencontres des relais du changement entre industriels et blogueurs, fondés par Lucie Gaudens et Pierre-Yves Sanchis. Au programme de ce dernier rassemblement, quatre intervenants ont pris la parole pour nous conter leurs projets. Retour sur ce riche moment de partage et d’échanges…

1.Etat des lieux de la consommation collaborative par Antonin Léonard, blogueur

Son site : http://consocollaborative.com/

En 2000, l’économiste américain, Jeremy Rifkin, écrivait dans son ouvrage « L’âge de l’accès » que « d’ici 25 ans, l’idée même de propriété semblera étonnamment limitée et complètement désuète ». Il semblerait que nous soyons très en avance sur ses propos. La notion de consommation collaborative a été popularisée par le livre de Rachel Botsman intitulé « What’s mine is yours » où celle-ci met en lumière l’idée de troc réinventé par les nouvelles technologies.

Aujourd’hui, il existe 3 types de systèmes collaboratifs :

– L’accès au service ou la fonctionnalité avec des services permettant à une communauté de se partager un bien, comme Vélib ou Autolib,

– Les systèmes de redistribution impliquant la proposition de biens pour leur donner une seconde vie, comme Ebay,

– Les styles de vie collaboratifs, avec l’exemple du couchsurfing (qui permet d’aller dormir gratuitement chez un particulier), les AMAP, le site internet Groupon (proposant de se rassembler en communauté pour faire baisser le coût d’un produit à l’achat), etc.

Pourquoi ce modèle émerge-t-il aujourd’hui ?

A la base de ce phénomène, les contraintes budgétaires arrivent en tête de liste, puis les technologies P2P, auxquelles s’ajoutent désormais les préoccupations environnementales et la redécouverte communautaire.

Sur quel principe ce modèle repose-t-il ?

Il faut en premier lieu atteindre une certaine masse critique pour que ce système fonctionne (comprendre un nombre important de personnes adhérents au système). Cela permet l’optimisation des ressources (par exemple, on sait que nos voitures restent à l’arrêt 92% du temps, alors il est de bon ton de les utiliser au mieux). Par suite, cela impose la nécessite de confiance entre inconnus…et par suite de recréer du lien.

Exemple du secteur automobile : le covoiturage et la location de voitures entre particuliers

La mobilité partagée est en train de se démocratiser, on optimise l’achat et l’utilisation de sa voiture en la partageant. L’exemple du site covoiturage.fr avec son million et quelques de membres illustre bien cette démarche, ou encore celui de deways.com permettant de louer sa voiture à un particulier, plateforme de location de voitures entre particuliers qui rencontre de plus en plus d’adeptes.

2. La réapparition du Troc avec Pretachanger 

Site : www.pretachanger.com/

Selon BVA, chacun dispose d’au moins 70 objets non utilisés chez soi, qui pourrait peut-être servir à quelqu’un d’autre…

Objectif : Réinventer le troc selon une approche triangulaire, permettant ainsi de démultiplier les échanges. Aujourd’hui, le site axe son modèle sur la mode.

Comment ça marche ? Les membres s’inscrivent (gratuitement), proposent leurs vêtements à céder (à l’aide de photos) et expriment le type d’habits qu’ils aimeraient obtenir en retour. La plateforme, troisième pièce de l’édifice, intervient pour permettre la mise en relation entre les 2 membres et voir leur échange satisfait. Cette start-up dont le concept est breveté propose un service relais colis pour faciliter la transaction, aspect principal de son business model, ne faisant actuellement pas appel aux annonceurs pour faire de la publicité sur son site. Aujourd’hui, elle compte 5200 membres dont 90% de femmes et expose 16 500 vêtements.

Bénéfices engendrés : un échange réciproque, une consommation qui se fait sans argent, une seconde vie aux objets et une satisfaction quadruplement partagée, si l’on ajoute la Planète comme 4ème membre !

3. Cap sur le Partage avec La ruche qui dit oui !

Site : http://www.laruchequiditoui.fr/

Objectif : Permettre un circuit court dans l’alimentation locale, en d’autres termes, raccourcir les étapes de distribution sur le principe d’une AMAP, avec un commerce qui se fait directement entre producteur et consommateurs.

Principe : Un site web permettant de créer des petites communautés de consommateurs qui  peuvent se mettre en relation directe avec le producteur pour acheter des fruits & légumes moins chers.

Le principe est assez simple. Il y a 3 types d’acteurs sur La Ruche qui dit Oui :

  1. Les producteurs : ils proposent leurs fruits et légumes aux ruches aux prix qu’ils décident. Pour les besoins de cet exemple, disons qu’un producteur propose de livrer 100 kilos de pommes pour 1€ le kilo.
  2. L’organisateur d’une ruche : il décide de fédérer une communauté et de s’occuper de la distribution entre les fournisseurs et les membres d’une ruche. Il va transmettre l’offre de notre producteur de pommes pour la proposer aux membres de sa ruche.
  3. Les participants d’une ruche : ils profitent des prix intéressants sur leurs fruits et légumes grâce à l’achat groupé et à la réduction du nombre d’intermédiaires. Sur les 50 membres de cette ruche, il y a suffisamment de personnes intéressées pour arriver au palier de 100 kilos fixé par le producteur. C’est ce que la start-up appelle : “La Ruche a dit Oui”, c’est à dire que les participants d’une ruche acceptent la proposition du producteur.

La Ruche qui dit Oui est encore dans sa phase de lancement : 165 ruches sont en train de se constituer et 20 ruches sont déjà en activité.

A l’avenir La Ruche qui dit Oui ! veut se diversifier et proposer une plus grande variété de produits comme de la viande, des produits d’entretien ménager bio, ou même encore des services avec des partages de compétences.

4. La location entre particuliers avec eloue

Site : https://www.e-loue.com/

Principe : Location on-line d’objets divers entre particuliers ou professionnels, où repose ici une principale difficulté, celle de créer de la confiance entre locataires et propriétaires. Créée en Janvier 2009, ce site impose un réel changement de mentalité, notamment dans le cadre du marché pro, plutôt rarement en ligne aujourd’hui.

Pour lancer le site, les créateurs ont mis en place deux évènements atypiques comme la location d’une chèvre tondeuse et celle d’une petite amie pour la soirée (on se demande d’ailleurs pourquoi ce n’était pas UN petit ami ?), opérations de grand buzz qui leur a permis une certaine visibilité dans la presse.

L’auto-partage entre particuliers avec Deways

Sur le même principe que le précédent, le site www.deways.fr, co-fondé par Alexandre Grandremy, propose un système de location de voiture à l’heure ou à la journée ou la particularité c’est que sont des particuliers qui mettent leur voiture à disposition ! Fiable grâce à l’assurance et la communauté, économique, convivial et pratique, ce service repose sur le principe suivant :

 Souhaitons bonne chance à Alexandre et longue vie à cette belle initiative ;-)

 Conclusion

Notre culture européenne qui tend à manifester un sentiment de r(é)assurance face à la détention de biens matériels, risque d’être ébranlée par ce modèle alternatif de consommation. Un changement de mentalité devra s’opérer pour assurer son émancipation. Mais à l’évidence, il n’a que du positif à nous transmettre, à savoir un allégement certain, que ce soit au niveau du porte-monnaie, de la place dans nos appartements, armoires, garages, etc. permettant ainsi de minimiser la propriété pour maximiser l’usage. Aspect plaisir & fierté lié à une « affaire réussie », (re)valorisation de soi, partage, échange, rencontre, ce modèle véhicule les valeurs de la (re)création de lien social et d’une économie qui fait sens (qui plus est, dans un tel contexte multi-crises) ! Il satisfait naturellement les 3 piliers du développement durable en permettant de participer à une économie écologique et sociale.

Finalement, toutes ces approches reposent sur le principe des oeuvres culturelles, que l’on ne possède pas, que l’on emprunte avec les yeux, à la différence qu’ici, on a le droit de toucher !

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4 commentaires pour Consommation collaborative : vers une économie qui fait sens ?

  1. Ping : Beesday, les rencontres des relais du changement, 3ème édition… | Generation EcoGreen

  2. Ping : La finance collaborative, un modèle émergent plus humain… | Generation EcoGreen

  3. Ping : Collaboration radicale entre P&G et Clorox, une union pour l’meilleur et pour l’avenir… | Generation EcoGreen

  4. ShareAnnuaire dit :

    Nous recensons plus de 300 sites de la consommation collaborative https://shareannuaire.com

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